Les gagnants des bspce

Interview
December 19, 2023
·
Écrit par
Clément Parramon

Il contribue largement au succès de la fintech qui devient la 26ème licorne française. En tant que numéro 4 de la boîte, l’entrepreneur raffle la mise avec ses BSPCE.

Les gagnants des bspce
Interview
December 19, 2023
·
Écrit par
Clément Parramon

Il contribue largement au succès de la fintech qui devient la 26ème licorne française. En tant que numéro 4 de la boîte, l’entrepreneur raffle la mise avec ses BSPCE.

A l’heure où il est d’usage pour les entrepreneurs de parler de leurs “fails”, Jérémy Goillot, n’aurait pas grand chose à dire. Car tout réussit à cet entrepreneur et investisseur à succès. Ado déjà, il bidouille dans sa chambre, code et revend ses premiers sites. Sa personnalité débrouillarde trouve accroche plus tard chez Spendesk où il occupe le poste Head of Growth. Il y jongle entre sales et marketing en automatisant les tâches fastidieuses grâce au code et contribue largement au succès de la fintech qui devient, en 2022, la 26ème licorne française. En tant que numéro 4 de la boîte, l’entrepreneur raffle la mise avec ses BSPCE. Il quitte Spendesk - mais ils sont restés amis - et poursuit son parcours. Il cofonde, avec Timothée Bourcier, Growth.Talent, une communauté de talents qui met en relation les profils de growth (manager, consultant, ingénieur…) et les entreprises. Puis, au côté de Réna Kakon, il co-fonde en 2022 Kara Ventures. Après un tour de l’Afrique de 18 mois, et 10 pays visités, le fonds investit en Pre-seed / Seed des billets s'échelonnant de 25.000€ à 100.000€. Mais c’est la Colombie que Jérémy préfère. Il y est marié. Car, l’a-t-on déjà mentionné, il réussit tout. 

Interview Jérémy Goillot

Futurz - Tu fais partie des grands gagnants des BSPCE. Est-ce que tu peux nous résumer cette réussite ? 

Jérémy Goillot - Pour le contexte, je suis arrivé en 2016 chez Spendesk, en tant que 4ème employé. La boîte est devenue la 26ᵉ licorne française. A cette époque, la culture des BSPCE n'était pas très forte. On ne m’a pas donné beaucoup d'actions et je n'étais pas prêt à en recevoir beaucoup non plus. C'est-à-dire que si on m'avait demandé de choisir entre 10 000 € de salaire en plus ou 10.000 actions de Spendesk, j'aurais préféré l’argent, tu vois. Sauf qu'aujourd'hui, 10.000 actions de Spendesk équivalent à peu près à 400.000 €. Mon manque d'éducation a fait que j'aurais pu être encore plus gagnant. 

Futurz - Mais tu es déjà un gros gagnant, pas vrai ? 

J.G. - (rires) Il faut bien comprendre que ce sont des actions. Je n’en ai vendu que 10 % : il m’en reste encore 90 %. Sur le papier, j'ai beaucoup d'argent. Mais en réalité, ça reste un bout de papier d'une licorne qui gagne de l'argent, mais qui n'est pas encore cotée en bourse. 

Futurz - Comment as-tu employé cet argent ? 

J.G. - Je fais partie de la catégorie des business angels. J’ai décidé de réinvestir ces 10% vendus dans une vingtaine de start-ups. Mon plus petit investissement est de 2 .000€, mon plus haut, de 10.000€. Pour résumer, les entreprises ne me prennent pas pour l'argent que je leur apporte, mais pour le temps et les conseils que je peux leur accorder sur les parties commerciale et acquisition. 

Futurz - Pourquoi choisir d’investir dans des startups ? 

J.G. - Certaines personnes investissent dans l'immobilier, d’autres dans les cryptos. Les startups, c’est le sujet que je maîtrise le mieux. J'ai un avantage concurrentiel : je les connais toutes, ou du moins une grosse majorité, et je sais à peu près pourquoi une startup devient un succès ou non. Ensuite le “pourquoi je le fais”, la raison est simple : j’ai comparé les prix de masters et de MBA spécialisés. Je me suis dit “j’investis 100.000€ dans un MBA qui va me rapporter zéro euro ou j’investis cet argent dans des start-ups ?”. De mon point de vue, j'apprends beaucoup plus avec la deuxième solution. J’ai appris des cultures différentes, des business modèles différents, et j’ai même trouvé l’idée de ma nouvelle boîte. 

Futurz - De toute ton expérience, quel est le modèle de partage de valeur que tu trouves le plus smart

J. G. - Sur le modèle de partage de valeurs, je trouve qu'en tant qu'employé, ce qui est vachement intéressant, c'est d'avoir des actions très tôt dans l'entreprise. 

Futurz -  Pourquoi ? 

J. G. - Parce que ça peut forcément faire un effet un peu Waouh! Je m'explique. Je ne sais pas si c’est confidentiel ou pas, je te laisserai choisir. 

Futurz - Tu me connais : motus et bouche cousue ! 

J. G. - En tant qu’employé, mes actions Spendesk valaient 2 centimes chacune quand on me les a données. Aujourd’hui, elles valent entre 20 et 40€. Donc même si j'en avais pas beaucoup au début, l'effet multiplicateur est énorme. Mais, ayant payé ma flat tax et ayant décidé de réinvestir, je trouve ça un peu abusé globalement puisque j'ai pris un risque. Je n'ai pas été payé pendant des années pour travailler pour une start up. J'ai gagné un peu d'argent, mais beaucoup moins que quelqu'un qui aurait un salaire dans une entreprise comme Amazon. Et au final, je suis taxé à plus de 30 % sur les bénéfices que j'ai fait, sachant que j'avais 10 % de chance ou 1 % de chances de faire des bénéfices. Donc je trouve que l'imposition liée aux BSPCE est assez agressive pour au final une plus value qui est certes importante, mais parce que, comme tu le dis, je fais partie des heureux gagnants.

Futurz - Et en tant qu’investisseur ? 

J. G. - Je fais facilement des fois 4, fois 10, fois 20 parce que j’investis tout au début de la boîte, avant même qu’elle lève des fonds. Je prends un risque, c’est vrai, j’investis du temps et de l’argent, mais j’ai accès à une boîte qui va forcément augmenter sa valeur. Donc sur le papier j’ai gagné pas mal d’argent. Je trouve que l'equity de manière générale et le partage de la valeur hyper équitable. En revanche, c'est quelque chose qui est très long termiste. Il faudrait trouver un moyen de partager de la valeur de manière aussi équitable que l'equity, mais de façon beaucoup plus short termiste où l' on pourrait à tout moment transformer ses actions en cash. Ce qui est le gros problème aujourd'hui en tant qu’investisseur et en tant qu'employé : on ne peut pas récupérer cette valeur facilement. 

Futurz - Et du point de vue entrepreneur ? 

J. G. - Globalement c'est assez bien fait côté Hexagone, mais pas vraiment pour le recrutement à l'étranger. Il existe pas mal de limites au modèle et tu sens que ça a été fait pour convenir à 90 % des gens. Quand t'es dans les 10 % restants, c'est compliqué. Le deuxième énorme problème des BSPCE, c'est leur exercice. Quand j'ai quitté Spendesk, j'ai dû racheter mes actions pour plusieurs centaines de milliers d'euros. Donc moi j'ai eu la chance de pouvoir vendre un peu de mes actions, pour avoir du cash et racheter mes actions. Beaucoup d'amis à moi, par exemple chez Shine ou dans d'autres startups, ont dû aller voir un banquier et faire un prêt à la consommation pour pouvoir acheter leur stock. On peut imaginer qu’il y a plein de gens qui ont dépensé des milliers ou des dizaines de milliers d'euros pour racheter leurs actions pour des start ups qui vont peut-être mourir demain. Je trouve qu'en France on ne récompense pas le risque que prennent les employés à la fois pour être payé en equity et aussi pour exercer leur equity. 

Futurz - Quel est le meilleur mix pour récompenser les collaborateurs ? 

J. G. - Je trouve les employés assez ingrats aujourd’hui. Ils veulent des equity, mais ne sont pas conscients des sacrifices que ça demande à un entrepreneur. On peut créer du cash, pas les equity de la boîte. Donc je trouve que le salaire est le meilleur moyen de récompenser un collaborateur, ça permet de s’aligner et parce qu’aujourd’hui les BSPCE sont soit mal compris et donne lieu à des demandes absurdes ou trop exigeantes. 

Retrouvez Jérémy Goillot sur Linkedin et Kara Ventures 

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